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Tribunes d'experts

République du Congo : l’État veut garantir les investissements. Mais qui protégera les petites entreprises ?

Par LFN· Facebook X LinkedIn WhatsApp

Un entrepreneur peut avoir un marché, un contrat signé et un client solvable… sans obtenir le financement nécessaire pour exécuter sa prestation.

Pourquoi ?

Parce qu’entre la promesse commerciale et l’argent effectivement encaissé, il existe un risque.

Et ce risque, quelqu’un doit accepter de le porter.

Dans le précédent numéro de L’Observatoire, nous nous interrogions sur les impayés, l’assurance-crédit et la fragilité des jeunes entreprises.

Vos réactions ont fait émerger une idée : et si la protection des PME reposait davantage sur des mécanismes collectifs de partage des risques ?

L’actualité de cette semaine apporte un nouvel élément au débat.

1. ATIDI : une annonce qui mérite notre attention

Le 13 octobre 2026, le ministre des Finances de la République du Congo, Christian Yoka, a rencontré Manuel Moses, directeur général d’ATIDI, l’Agence pour l’assurance du commerce et de l’investissement en Afrique.

Cette rencontre fait suite à la ratification, annoncée en août 2026, de l’accord constitutif de l’agence.

L’objectif affiché est ambitieux : mobiliser des garanties pour faciliter l’accès au financement, notamment celui des PME, et contribuer à réduire le coût de certains emprunts publics.

Mais attention à ne pas confondre annonce institutionnelle et dispositif opérationnel.

La liste publique d’ATIDI ne mentionne pas encore la République du Congo parmi ses États membres. Son processus d’adhésion prévoit plusieurs formalités, au-delà de la ratification.

La première question est donc simple :

À quelle date, selon quelles modalités et pour quelles entreprises ces garanties seront-elles effectivement accessibles ?

2. Ce qui change réellement : la possibilité de partager le risque

En mai 2025, ATIDI annonçait sa reconnaissance par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) comme institution de garantie bénéficiant, sous les conditions réglementaires applicables, d’une pondération prudentielle de risque de 0 %.

Concrètement, cela peut réduire les exigences de fonds propres des banques sur certaines expositions garanties par ATIDI.

Cela ne signifie ni crédit gratuit, ni absence de risque, ni financement automatique.

Mais c’est un levier potentiellement important : lorsqu’une partie du risque est couverte par un garant reconnu, une banque peut être davantage disposée à financer une opération.

ATIDI dispose notamment d’un programme destiné aux PME, PoRSA, conçu pour soutenir le partage des risques entre établissements financiers et petites entreprises, y compris dans le commerce transfrontalier africain.

Reste une interrogation majeure :

Les banques locales pourront-elles traduire cette architecture financière en crédits réellement accessibles aux entrepreneurs ?

3. Assurance-crédit, garantie bancaire, cautionnement : de quoi parle-t-on exactement ?

Ces mécanismes sont souvent évoqués comme s’ils étaient interchangeables.

Ils ne le sont pas.

L’assurance-crédit commercial protège, selon les conditions du contrat, une entreprise contre certains défauts de paiement de ses clients.

La garantie de crédit peut protéger un établissement prêteur contre une partie du risque de non-remboursement d’un financement.

Le cautionnement permet à un tiers de s’engager à répondre d’une obligation dans les conditions prévues.

L’assurance contre certains risques politiques ou souverains peut, quant à elle, couvrir des événements ou défauts de paiement déterminés dans des opérations éligibles.

Prenons un exemple hypothétique.

Une PME remporte un contrat de 100 millions FCFA, mais doit mobiliser 40 millions avant de recevoir son premier paiement.

Une garantie accordée à sa banque pourrait faciliter son crédit de trésorerie.

Une assurance-crédit pourrait éventuellement couvrir le risque de non-paiement du client, si cette créance est admissible.

Et un contrat prévoyant des acomptes et des étapes de paiement vérifiables pourrait limiter son besoin initial de financement.

Trois instruments. Trois fonctions différentes. Un même objectif : éviter qu’un contrat prometteur ne mette l’entreprise en danger.

4. Le paradoxe juridique : avoir raison ne garantit pas d’être payé

La question devient encore plus sensible lorsque le client est une personne publique.

En juin 2026, l’OHADA organisait un atelier spécifiquement consacré au recouvrement des créances sur l’État et les entreprises publiques.

Le sujet n’est donc pas théorique.

L’Acte uniforme révisé relatif aux procédures simplifiées de recouvrement et aux voies d’exécution, entré en vigueur en février 2024, a modernisé les outils juridiques disponibles.

Mais certaines personnes morales de droit public bénéficient d’un régime particulier d’immunité d’exécution, sous réserve des exceptions et mécanismes prévus par le texte.

Une entreprise peut donc disposer d’une créance juridiquement reconnue tout en rencontrant des difficultés à en obtenir le paiement effectif.

C’est ici que la sécurité juridique rejoint la politique économique.

Car un dispositif de garantie ne peut durablement compenser, à lui seul, des retards de paiement structurels ou une gouvernance contractuelle défaillante.

Faut-il assurer davantage les risques ou commencer par réduire les situations qui les provoquent ?

À mon sens, les deux démarches doivent avancer ensemble.

5. Le véritable test : passer des garanties souveraines aux besoins des PME

Les garanties apportées aux États et aux grandes opérations d’investissement peuvent contribuer au financement d’infrastructures et à l’activité économique.

Mais leur effet sur les petites entreprises n’est pas automatique.

Pour évaluer la portée réelle du rapprochement avec ATIDI, cinq questions mériteraient des réponses publiques :

Qui sera éligible ? Les entreprises nouvellement créées, les PME informelles en transition vers la formalisation et les entreprises dirigées par des femmes pourront-elles accéder aux mécanismes concernés ?

Quels risques seront couverts ? Le crédit bancaire, les impayés commerciaux, les opérations d’exportation ou certaines créances publiques ?

À quel coût ? Les primes, commissions et garanties complémentaires resteront-elles supportables ?

Par quels intermédiaires ? Les banques locales, les assureurs et les organisations professionnelles disposeront-ils de procédures claires ?

Avec quels résultats ? Publiera-t-on le nombre de PME effectivement financées, les montants garantis et les délais de traitement ?

Ces questions peuvent sembler techniques.

Elles déterminent pourtant si une annonce financière se transforme en opportunité économique.

6. Et si nous préparions aussi les entreprises à devenir finançables ?

L’accès aux garanties ne dépend pas uniquement des institutions.

Une entreprise doit pouvoir présenter des comptes fiables, des contrats clairs, une activité documentée et des engagements maîtrisés.

C’est précisément sur ces enjeux que se rejoignent les missions de Kelua Advice et de Kélua-Academy .

Avec Kelua Advice , nous accompagnons la structuration des activités, la prévention des risques contractuels, la gouvernance et la préparation des projets France–Afrique.

Avec Kélua-Academy , nous développons la formation des entrepreneurs et des professionnels pour renforcer leur compréhension des mécanismes juridiques, financiers et commerciaux.

Notre conviction est simple :

Une garantie peut rassurer une banque. Mais c’est aussi la qualité de la structuration de l’entreprise qui rend son projet crédible.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’attirer les capitaux.

Il est de construire des entreprises capables d’y accéder, de les utiliser efficacement et de respecter leurs propres engagements.

7. La question que je souhaite ouvrir

Si la République du Congo devait lancer demain un dispositif prioritaire de protection des PME, lequel aurait le plus d’impact ?

A — Garantir les crédits bancaires des jeunes entreprises.

B — Assurer les créances commerciales contre les impayés.

C — Sécuriser les paiements dans la commande publique.

D — Créer un mécanisme collectif de partage des risques, associant banques, assureurs et organisations professionnelles.

Et une question supplémentaire aux investisseurs et banquiers :

Une garantie institutionnelle suffirait-elle à vous convaincre de financer davantage de PME, ou les obstacles sont-ils aussi ailleurs ?

Vos expériences et propositions m’intéressent.

Car la véritable réussite de cette initiative ne se mesurera pas uniquement au volume des garanties annoncées.

Elle se mesurera au nombre d’entreprises qui pourront enfin entreprendre, financer leurs contrats et se développer sans supporter seules tous les risques.

Auteur: Gessika M.

Business Lawyer | Strategic Advisor | France–Africa | Contracts • Governance • Institutional Strategy • Strategic Communication | Founder, Kelua Academy

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