Société des Postes et de l’Epargne du Congo (SOPECO): micmacs sur fond de détournement du projet de « Réinvention de La Poste »
C’était le 9 octobre, Journée mondiale de la Poste. Que devient la SOPECO (Société des Postes et de l’Épargne du Congo), La Poste, à travers le projet « La Poste Réinventée », dont le financement est assuré par la Banque Africaine de Développement, à hauteur de 70 millions de dollars, et appuyé par la CEEAC et la CEMAC ?
Porté par l’américain Pay Rem Group, sous la formule du partenariat public-privé, le projet serait enterré « sous le boisseaux de sordides intérêts financiers, croît savoir une bonne source proche du dossier. Enfin, « chacun veut bouffer », comme on dit en français congolais pour parler backchich. Mameh!
Ni le ministre des Postes et Télécommunications, Frédéric Nzé, ni André Bouassa, le PDG du groupe Pay Rem, que nous avions pourtant interviewé l’an passé, n’ont daigné répondre à nos sollicitations.
Selon nos sources, l’on s’achemine lentement mais sûrement vers un détournement de projet via l’habillage d’un appel d’offres restreint, orchestré par ceux que l’on surnomme à Brazzaville « les intouchables de la République ». Difficile d’en savoir davantage en l’état actuel des choses. Toutefois, des langues se délient et les informations en notre possession le confirment. Une source bien informée, proche de la Banque Africaine de Développement, reste tout aussi pantoise.
Il convient de noter que ce projet s’inscrit dans une vision de transformation profonde du service postal en Afrique centrale. Les postes de la RDCONGO, Gabon, Tchad, Cameroun, Guinée Équatoriale, République Centrafricaine et du Congo font partie intégrante de ce vaste chantier de « Reinvention de la Poste ». Qui vise à concilier trois exigences, notamment la mission de service public universel des postes, les capacités technologiques et opérationnelles du secteur privé, et la coordination nécessaire à un déploiement régional.
La première phase, commente un expert, a pour porteur institutionnel la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). L’objectif est de construire une synergie entre les opérateurs postaux de la sous-région pour favoriser l’intégration territoriale, la croissance économique et l’inclusion des petites et moyennes entreprises et des acteurs de l’économie informelle.
La deuxième phase renchérit- il, est envisagée à l’échelle de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), afin d’étendre progressivement cette coopération et de renforcer les complémentarités entre les réseaux postaux.
Chaque réseau national, dont la SOPECO, apporte sa présence locale à une ambition commune, permettant aux citoyens et aux entreprises d’accéder à des services coordonnés au-delà des frontières.
Dans le cadre des échanges conduits autour de ce programme, la Banque Africaine de Développement (BAD) a fait une promesse de financement de 70 millions de dollars, dont 12 millions dédiés au renforcement des capacités.
La concrétisation de cette promesse reste jusque là liée à la satisfaction des prérequis du projet et à la finalisation des procédures de financement.
Le renforcement des capacités constitue d’ailleurs le volet essentiel.
Les opérateurs postaux partenaires, comme la SOPECO, ont vocation à être les bénéficiaires opérationnels directs de ce financement et les exploitants des services déployés. Les ressources doivent ainsi soutenir leur modernisation, leur capacité d’exécution et la diversification de leurs activités au-delà du courrier : e-commerce, services financiers, inclusion numérique.
Les prérequis pour débloquer le financement
La mobilisation du financement de la BAD repose, entre autres, sur le modèle économique viable, c’est-à-dire la finalisation d’un business plan régional intégrant la diversification des services, la numérisation du réseau de 250 bureaux potentiels à l’échelle CEMAC et le plan de formation des 300 agents de la SOPECO.
« La Poste Réinventée » apparaît donc non comme une simple rénovation, mais comme la dernière fenêtre d’opportunité pour que la SOPECO, créée le 1er juillet 2001, prenne enfin le train de la modernité qu’elle a manqué depuis 2008.
A. Ndongo, journaliste économique et financier, Brazzaville, Congo
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