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Éditoriaux

Congo : La double peine de l’or noir, quand l’eau, l’électricité et le carburant étouffent l’économie nationale

Par LFN· Facebook X LinkedIn WhatsApp
Queue de voitures devant une station à Brazzaville. Photo DR

Paradoxe cruel d’un pays riche de ses ressources naturelles : la République du Congo, solidement ancrée sur la carte des grands producteurs pétroliers d’Afrique centrale, tangue aujourd’hui sous les coups boutoir d’une crise énergétique multidimensionnelle. Ici, le paradoxe frôle l’absurde. Alors que le pays extrait du brut et ambitionne de valoriser son gaz, son économie du quotidien suffoque sous la pénurie de trois éléments pourtant vitaux : l’eau, l’électricité et le carburant.

Loin d’être de simples inconforts passagers, ces ruptures répétées agissent comme un véritable sable dans les engrenages de la machine économique nationale, menaçant la survie du tissu productif et consumant à petit feu le pouvoir d’achat des ménages.

La trinité vitale en panne : chronique d’une paralysie annoncée

Le mal est profond et systémique. D’un côté, le réseau électrique national, fortement dépendant de conditions hydrologiques de plus en plus erratiques, tousse et décroche, plongeant régulièrement des pans entiers de Brazzaville, de Pointe-Noire et de l’intérieur du pays dans l’obscurité. De l’autre, le robinet des ménages reste désespérément à sec, transformant la corvée d’eau en un parcours du combattant quotidien.

À cette carence structurelle s’est greffée une crise des carburants d’une acuité rare. Les pénuries de produits pétroliers à la pompe ne se contentent pas d’immobiliser les véhicules : elles paralysent toute la chaîne logistique d’un pays où les distances sont grandes et les infrastructures de transport alternatives limitées.

Le secteur privé au bord de l’asphyxie

Pour l’économie congolaise — et en particulier le secteur non pétrolier censé porter la diversification du pays —, la facture est lourde. Les répercussions sur les entreprises se mesurent déjà en pertes sèches et en marges érodées :

  • La surchauffe des coûts opérationnels : Privées de courant stable ou de carburant pour alimenter leurs groupes électrogènes de substitution, les entreprises — des PME aux grands acteurs du secteur tertiaire — voient leur productivité s’effondrer. Faire tourner une usine, un atelier, un cabinet ou un commerce à base de groupes fonctionnant au prix fort du carburant relève de la gageure.
  • La menace sur la trésorerie : Selon de récentes données sectorielles, près d’un tiers des entreprises congolaises voient leur trésorerie directement menacée par ces tensions énergétiques. Incapables d’absorber ces surcoûts permanents, beaucoup réduisent la voilure, suspendent des investissements ou licencient.
  • Le coup de frein à l’informel : Le secteur informel, qui fait vivre la grande majorité de la population active (couturiers, menuisiers, petits commerçants, restaurateurs de rue), est cloué au sol à chaque coupure ou pénurie, voyant s’évaporer le revenu journalier qui garantit la pitance du soir.

Une spirale inflationniste et sociale

Sur le plan macroéconomique, cette crise alimente directement la vie chère. L’impossibilité de produire localement à bas coût, combinée aux surcoûts du transport des marchandises par la route ou le rail, maintient l’inflation à des niveaux inconfortables, érodant un peu plus le pouvoir d’achat d’une population déjà éprouvée.

Socialement, le climat est alourdi par la précarité. L’accès aléatoire à l’eau potable fragilise les indicateurs sanitaires de base, tandis que la jeunesse et les étudiants voient leurs conditions d’apprentissage compromises par l’obscurité récurrente des foyers.

L’impératif d’un sursaut structurel

Le Congo fait face à un moment de vérité. L’économie nationale ne pourra pas s’extraire de sa forte dépendance au pétrole brut si elle est incapable de garantir aux entrepreneurs et aux citoyens les intrants énergétiques minimaux indispensables à toute activité humaine moderne.

Les rustines conjoncturelles ne suffisent plus. Il y va de la crédibilité du climat des affaires et de la paix sociale : pour que la croissance devienne enfin inclusive et durable, l’État et ses partenaires doivent urgemment moderniser les infrastructures de production d’eau et d’électricité, assainir la chaîne d’approvisionnement des carburants et libérer le potentiel d’un secteur privé qui ne demande qu’à bâtir, pourvu qu’on lui rende la lumière.

Alexandre BALOU BOUANGA

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